Antoni Astugalpi

Médiateur de mots, sapeur du son, suceur de sens et dresseur d'idées (en gros)

Comment sauver les haies [2025] de Philippe Hirou et Jacques Tassin

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Reçu dans le cadre de l’opération « Masse critique » de Babelio, je dois avouer que j’ai trainé (avec plein de bonnes raisons personnelles) et n’ai pas encore terminé un livre très dense, technique sans être jargonnant (bon, limite…), complet, assurément écrit par deux auteurs qui connaissent parfaitement leur sujet et réussissent à persuader le lecteur que ces petits bouts de nature qu’on appelle ‘haie’ sont plus importants qu’on ne le croit.

Certes, je suis un peu déçu de ne pas avoir quelques schémas ou illustrations, avec cette impression qu’on « danse d’architecture » ici, mais ce qui me frappe – sans être nullement spécialiste du sujet –, un peu dans la veine de Nous redeviendrons paysans [1987] de Philippe Desbrosses1, est qu’on doit aujourd’hui mettre des patchs sur des patchs après des décisions prises dans les décennies précédentes (le remembrement, l’agriculture intensive, le nivellement des territoires) au nom de la rationalité, et que le résultat de tout cela est totalement irrationnel. Sans doute pétrie de bonnes intentions, j’ai l’impression que la prose que j’ai sous les yeux, encore, alors que j’en suis au trois quarts, participe de ce même techno-pipeau2 qui ravage le monde depuis les années 1960 et que la solution viendra d’un grand écroulement économique qui verra les instituts, les universités, les ministères s’effondrer3 et que Fernand mort-vivant d’avant-deuxième-guerre-mondiale, qui roule les ‘r’ et parle patois prendra son vieux fusil qu’il aura bien gardé chez lui (et se sera bien gardé de donner à l’Etat), éventuellement aidé de Pimprenelle la bobo qui a lu des livres sur le low tech médiéval et ne veut plus vivre dans le métro et sous Prozac (et servira à éviter la consanguinité dans le village), vireront à grand coup de plomb dans le derche l’agriculture McKinsey ou l’écologie techno-mescouilles, et que, laissant faire la nature et son ordre spontané hayekien, ça ira bien mieux…

Lisant ce livre, je me souviens du témoignage d’un travailleur à l’ONF, désormais dégoûté de son travail, entendu lors de la présentation du livre Forêt française – La bourse ou la vie [2026] de Fabienne Tisserand, qui disait qu’au fond l’activité agricole consiste à empêcher la nature de faire de la forêt. Bon, « laissez-nous faire, sire », semblent dire les arbres et arbustes, arrêtez vos horreurs de plantations rectilignes, plastifiées, pensées en labo, arrêtez de vouloir nous défendre et tout se fera tranquillement sans vous.

Je ne sais pas si c’est très constructif mais regarde désormais la haie (ou le bosquet ?) en face de chez moi, à qui je fous une paix royale (et qui me donne la sienne et me servant de paravent comme d’habitat à plein de bestioles qui s’entre-régulent sous mon nez de manière invisible) dans notre coin de campagne loin des remous de l’Histoire, en me disant qu’en ne touchant à rien, on fait du bon boulot…

Notes

  1. Que j’avais eu la chance de lire au moment de sa réédition, aussi grâce à Masse critique de Babelio. ↩︎
  2. J’inclus le surpipotage qui veut « sauver » le climat du refroidissement puis réchauffement puis dérèglement climatique, depuis les années 1970, alors que le climat doit surtout être sauvé de ses “sauveteurs”… ↩︎
  3. La « grande réinitialisation » post- et anti-davosienne, voire anti-positiviste, en quelque sorte. ↩︎

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