On comprend dès les premières pages que cette romance inutile1, déjà lue, très vaguement exotique2, un rien politique en arrière-fond3, rédigée par une bourgeoise cosmopolite établie aux EUA et qui voulait apporter sa petite crotte de jasmin dans l’immense fosse des mièvreries mal écrites en profitant de sa provenance lointaine et de la petite lueur d’interdit de celle-ci4, va être un long calvaire.

L’écriture (d’une platitude de scénario pour film du dimanche soir que les désœuvrés consomment sans envie avant d’aller se coucher et de reprendre une semaine sans relief, un livre descriptif et sans chair), les situations (dignes de l’imagination d’une jeune fille de 15 ans – et les fantasmes livresques qui vont avec5), les personnages (archétypiques pour ne pas écrire caricaturaux) et le tout saupoudré d’un progressiste barackomanien – deux jeunes filles élevées dans une famille démocrate et féministe, pensez ! –, vous confirment que la lecture de ce truc n’a aucun intérêt, quoi qu’il arrive par la suite.
Écriture de bonne-femme pour bonnes-femmes peu exigeantes et prêtes à ingurgiter 50 000 fois les mêmes graines avec les mêmes ingrédients (de l’amour, des livres et un pays lointain)… Sans doute les mêmes qui ont apprécié Le cercle littéraire des amateurs de tourte aux épluchures de patates.
Si je compare celui-ci avec le roman de Susan Abulhawa, Mornings in Jenin (Les matins de Jénine, 20066), écrite lui aussi par une émigrée moyen-orientale installée aux EUA depuis longtemps et qui revient sur son pays d’origine en langue anglaise, on ne boxe pas du tout dans la même catégorie. Tout était supérieur chez la réfugiée palestinienne, l’écriture (même passée par la traduction en français), la justesse des fresques de ce pays lointain, l’émotion de l’histoire d’amour, la figure de cette femme battante sans le filtre sucré du féminisme de salon de thé version Starbucks, les péripéties et même la morale finale (pourtant bienpensante elle aussi). Abulhawa est un témoin qui veut parler de son pays, la seconde une bourgeoise qui veut occuper ses copines en se servant de ses origines, même si, j’en suis sûr, ses entretiens sont remplis de bonnes intentions féministes.
On m’excusera donc d’avoir beaucoup aimé le deuxième et arrêté le premier après 61 pages, attendant trois livres de Carl Gustav Jung qui m’intéressaient plus et sans trop avoir de temps pour des romances de pacotille.
Notes
- En plus, l’américano-irano-nouille détruit le suspens dès les premières pages, qui aurait été le petit fil nous tenant péniblement à l’histoire, en commençant en 2013 (ouah, c’était alors un livre de science-fiction, truc de dingue !) puis repartant en flash-back jusqu’en 1953 où la vraie histoire va se passer. On sait déjà que toutes les pages de 2013 aux EUA vont être encore plus nulles et inutiles que celles du XXe siècle en Iran. ↩︎
- Oui, on s’est tous un peu fait avoir parce que ça se passait principalement dans un pays sulfureux. ↩︎
- Mais pas trop, juste pour se donner des airs, sinon les copines elles vont trouver ça lourd et trop sérieux. Même si, dans le Quatrième mur, Sorj Chalandon, a réussi à écrire une très belle histoire d’amour au milieu de la guerre civile libanaise. ↩︎
- L’Iran après les escarmouches entres les EUA/entité sioniste et la vieille Perse, en 2025, ne serait-on pas un peu rebelles ? ↩︎
- Avec, comme d’habitude, une héroïne différente, lettrée et un peu timide qui représente le double fantasmé et narcissique de l’autrice. ↩︎
- Si on considère que ce livre est la deuxième version de The Scar of David. ↩︎
Photo d’entête : “woman of Teheran – at the bazaar” par s1ingshot (je sais, dans le livre Roya n’est pas voilée, mais bon, ça fait Iran)

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