Antoni Astugalpi

Médiateur de mots, sapeur du son, suceur de sens et dresseur d'idées (en gros)

Au-delà du miroir. Essai sur la signification du phénomène Ovni [2025] par Philippe Solal

Le

dans ,

L’émission de Nurea TV

(5 décembre 2025)

Critique

Tout d’abord, quelques questions de forme.

J’ai, d’une part, relevé dans ce texte beaucoup trop de coquilles pour qu’on puisse dire que les éditions JMG ont fait du bon travail. De toute évidence la relecture a été bâclée. Philippe Solal évoque par exemple des ufologues apparemment célèbres sans les présenter, et une fois ou l’autre une note explicative arrive après la troisième occurrence… De même pour les types de rencontre ‘RR’ qu’il évoque mystérieusement avant de les expliquer p. 138.

D’autre part, l’écriture de Solal, agrégé de philosophie, est courtoisement lisible, voire très répétitive lorsqu’il analyse des cas précis, reprenant parfois quelques lignes ou un paragraphe plus loin ce qu’on vient de lire, au style direct entre guillemets sans même le reformuler ou le passer au style indirect. Je n’ai pas non plus trouvé que les cas étudiés – notamment celui de Haravilliers – des plus importants, du moins j’ai entendu sur la chaîne Nurea TV, des choses qui paraissaient plus captivantes, dans le domaine des apparitions ou abductions. Cela dit, il en évoque beaucoup.

Nonobstant ces quelques défauts, j’ai trouvé le livre vraiment stimulant. Il m’a en tout cas enfin donné envie de lire Carl Gustav Jung, et je subodore même que l’auteur est bien plus tributaire du penseur germanophone qu’il ne veut bien le dire. Il faudrait notamment voir si son livre n’est pas une copie actualisée du texte Un mythe moderne [1958], qui traite le sujets des apparitions d’extraterrestres dans des lignes d’explications qui rappellent fortement celles de Solal. A voir, donc, enquête en cours, et je corrigerai cette critique si mes doutes s’avéraient peu fondés.

La grande nouveauté du livre de Solal est de penser le phénomène OVNI, les EMI et l’idéalisme en même temps, en les inscrivant dans la même compréhension du monde. Naïvement réaliste comme tout le monde, ce retour non-jargonnant sur les philosophies idéalistes m’a passionné, et introduire les enseignements des EMI dans la philosophie, notamment chez Platon ou Plotin donne une nouvelle grille de lecture à ces auteurs qu’on croit si bien connaître depuis des siècles. J’espère sincèrement que cette approche ne sera pas ridiculisée et qu’on pourra relire ces textes en se demandant si les penseurs grecs n’avaient pas expérimentés quelque chose de l’ordre de la décorporation ou de l’EMI.

Voire une réinterprétation solide (je veux dire non religion du monde de Monique la chaman poétique et Skippy le gourou sympathique) des religions dans cette perspective. Par exemple, lorsqu’il évoque les apparitions mariales (IV 2. « Les mariophanies ») : Solal retrouve une intuition que Pierre Jovanovic avait eue dans 888, quand il distinguait les apparitions de Marie et celle de Jésus.

J’ai toutefois été un peu frustré de son chapitre sur l’« âme du monde » (III 4., p. 177 et s.). Il a envie d’introduire cette notion plusieurs fois dans les 176 premières pages, et quand arrive enfin, trop tard sans doute, la pièce centrale du livre, il me semble que Solal eût pu plus développer. En effet, certes, il évoque l’idéalisme allemand (il m’a donné envie de lire enfin Le monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer, qui prend la poussière dans ma bibliothèque depuis sa sortie en 2012 en édition PUF, Quadrige) mais j’ai trouvé son approche tout à faire compatible avec celle de Jean-Pierre Petit développée dans le Metaphysicon [2023]. Solal indique p. 130-131 que d’après ses informations les lettres ummites dont se sert ouvertement Petit, était un canular monté par une équipe internationale de catholiques ayant décidé de manipuler la communauté scientifique pour sauver la religion chrétienne (Jésus ayant aussi apparu aux Ummites), mais il faudrait apporter quelques éléments supplémentaires puisque le canular est en soi presque un miracle tant les lettres ont été nombreuses et fouillées – et il faudrait au moins un débat entre Solal et Petit sur la question. Puis sur leurs approches pour voir qu’elles sont les différences, car elle ne me paraissent pas énormes.

Ensuite quand il parle de cette « âme du monde », je n’ai pu m’empêcher de penser au « monde 3 » ou « Troisième monde » que Karl Popper développait dans La connaissance objective en 19721. De même, j’ai immédiatement pensé aux films de science-fiction d’Andreï Tarkovski, Solaris [1972] et Stalker [1979], avec cette planète qui sait jouer avec le psyché des scientifiques et créer des personnes de chairs et d’os en se basant sur les informations reçues par les visiteurs, ou encore cette chambre mystérieuse au milieu d’une zone qui réagit aux intentions, là encore, des visiteurs… Du coup, j’ai envie de lire le Solaris [1961] de Stanislas Lem et Stalker : Pique-nique au bord du chemin [1972] d’Arkadi et Boris Strougatski. J’ai trouvé donc le sujet malheureusement seulement effleuré…

Au final, ce livre ouvre des perspectives enthousiasmantes et paraissant compatible avec ce que j’ai lu chez Jovanovic, Auburn, Monroe et d’autres (voire Steiner et Lebreton), il m’a servi de tremplin vers plein de lectures (Plotin, Schopenhauer, Lem, Strougatski et relectures (Platon, tradition chrétienne dont Dialogue avec l’ange qu’on m’a maints fois conseillé). C’est donc peut-être un très bon livre, malgré tout.

Note

  1. Et que je dois aller revoir pour n’en avoir qu’un souvenir vaporeux… ↩︎

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